"Opération VALEASE"
Extrait de la revue « Vient de paraître » n°31, Janvier 2008 (pages 92-93), publiée par l'association CulturesFrance, partenaire privilégié du ministère français des Affaires étrangères et européennesDepuis janvier 2004, le projet Valéase, initié entre la France et l’Asie du Sud-Est, permet de fédérer les efforts de tous les acteurs de la chaîne du livre au Cambodge, au Vietnam et au Laos. Jean-Jacques Donard, en charge du projet, revient sur cette action de coopération culturelle réussie.Opération Valéase
Valorisation de l’écrit en Asie du Sud-Est
Entretien avec Jean-Jacques Donard, chef du projet Valéase
Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?Jean-Jacques Donard : – J’ai un diplôme de bibliothécaire et j’ai étudié les langues
étrangères, en particulier le russe et le tchèque car j’ai toujours eu envie de voyager et
de travailler à l’étranger. Je suis d’abord allé en URSS puis en Roumanie et en Hongrie.
Après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’URSS, je suis retourné en Russie et,
depuis trois ans et demi, me voilà au Cambodge. Cette fois, j’ai été appelé comme
assistant technique – le titre exact est chef du projet de valorisation de l’écrit en Asie
du Sud-Est (Valéase). À Budapest, j’avais déjà créé la médiathèque de l’institut français,
mais désormais, je ne suis plus à la tête d’une institution, je travaille pour la coopération,
c’est un nouveau métier pour moi. Enfin, je suis aussi conseiller du ministre
de la Culture et des Beaux-arts du royaume du Cambodge.
Quand est né le projet Valéase ?J.-J. D. : – Il a mis longtemps à voir le jour. L’idée est née au cours d’un séminaire
de gens du métier du livre à Phnom Penh en 2001, la nécessité s’est fait sentir de créer
une structure permanente pour essayer de fédérer les efforts de tous les acteurs de
la chaîne du livre. C’est seulement en janvier 2004 que le projet a vu réellement le jour,
lorsque je suis arrivé. Tout cela est un peu formel, aussi quand j’ai été nommé,
j’ai essayé de donner un contenu à mon poste.
Quels sont les pays impliqués dans ce projet ?J.-J. D. : – Le projet Valéase couvre trois pays très différents : le Cambodge où je suis
basé, qui est une monarchie avec un régime libéral, le Vietnam, qui est un régime
autoritaire, et le Laos, qui est aussi un régime marxiste, mais moins développé
qu’au Vietnam, ce dernier exerçant une forte tutelle sur son pays « frère », le Laos.
Cette région recoupe en gros l’ex-Indochine. Mon bureau se trouve à la Bibliothèque
nationale du Cambodge car c’est notre interlocuteur principal.
Quels sont vos partenaires ?J.-J. D. : – Nous avons une dizaine de partenaires principaux, je travaille avec les
bibliothèques nationales du Laos et du Vietnam à Hanoï, mais aussi l’ex-Bibliothèque
nationale à Ho Chi Minh Ville dans le sud. Le projet implique aussi les instituts français,
les alliances françaises et l’Idécaf (l’Institut pour le développement des relations
culturelles avec la France), à Hô Chi Minh-Ville où nous avons par exemple rénové
entièrement l’ancienne bibliothèque, transformée en médiathèque. Un autre interlocuteur
est une ONG d’origine française, basée au Cambodge et spécialisée dans les livres
pour enfants, le Sipar. Et enfin, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF).
Ensuite, à une échelle plus petite, nous travaillons avec une trentaine d’éditeurs
au Vietnam, une vingtaine au Cambodge, et une dizaine au Laos. Il faut savoir qu’au
Vietnam et au Laos, qui sont des structures étatiques très fortes, certains de nos
interlocuteurs sont des distributeurs régionaux.
Quels sont les domaines d’intervention du projet Valéase ?J.-J. D. : – Je soulignerai trois lignes directrices. Le premier volet touche les acteurs
du métier du livre (libraires, bibliothécaires, éditeurs, archivistes, documentalistes,
illustrateurs, écrivains). Toute cette chaîne du livre permet d’avoir une vraie continuité
dans les projets lancés.
Le deuxième volet concerne l’édition de livres pour la jeunesse et les adolescents.
Il y a un vrai besoin pour les jeunes dans ces pays en matière de revues et de livres.
Chaque année, nous réussissons à monter une trentaine de projets au Cambodge,
une dizaine au Laos, et une cinquantaine au Vietnam. Ces projets permettent
de dynamiser les PAP qui, à l’origine, ne concernent que les adultes. En outre, nous
ne nous limitons pas seulement aux traductions en français, nous essayons de favoriser
les éditions de langues locales. Nous publions ainsi des livres en version originale
et parfois bilingue ou trilingue (avec l’anglais). Nous avons aussi réussi à faire
des coéditions entre éditeurs locaux, c’est-à-dire qu’un titre est publié simultanément
au Laos, au Vietnam et au Cambodge. C’est assez compliqué car au Vietnam
les éditeurs sont éditeurs d’État alors qu’au Cambodge ce sont des éditeurs privés.
Le troisième volet a trait à la partie technique, l’édition, le travail d’informatisation,
l’expertise proprement dite.
Un de vos gros succès est la naissance d’une bibliothèque numérique
d’Asie du Sud-Est… où en est-elle ?J.-J. D. : – En effet, la Bibliotheca Indosinica réunit trois bibliothèques nationales
(Khmerica, Laotiana, Vietnamica) sur le même modèle que Bibliotheca europeana.
On a scanné puis numérisé près de 2 000 ouvrages appartenant aux trois fonds,
sur la période qui court de 1860 à 1937. Cela représente un catalogue exhaustif
et commenté des ouvrages écrits sur le Cambodge, sur le Vietnam et le Laos,
qu’ils soient anciens ou modernes, en français ou dans une autre langue.
Ce fonds, qui appartient désormais au domaine public, a été mis sur CD-ROM et DVD,
il est accessible sur le serveur de la Bibliothèque nationale du Cambodge
et l’on cherche actuellement la meilleure formule pour le rendre accessible sur Internet,
via un paiement à distance. Cette formule permettrait de financer les bibliothèques
qui manquent de moyens. Les utilisations de la numérisation sont multiples :
outre la consultation du fonds pour des recherches universitaires, on peut extraire
des illustrations d’ouvrages anciens, les tirer en grand format et en réunir assez
pour monter une exposition. C’est une base unique pour le patrimoine culturel
indochinois avec des archives photographiques et écrites.
Le projet Valéase s’attache aussi à former les professionnels du livre.
Concrètement, comment intervenez-vous ?J.-J. D. : – La bibliothèque numérique n’a de sens que si les acteurs du livre
savent s’en servir, nous portons donc une attention toute particulière à la formation
au niveau régional et local des bibliothécaires au numérique. Nous avons fait
un échange entre une librairie de Phnom Penh et deux librairies à Paris, Fenêtre sur
l’Asie (rue Gay-Lussac) et La Boucherie (rue Monge). Chaque formation a un maximum
de 20 participants, nous les initions au marketing et au merchandising, au logiciel
de gestion qui a été traduit récemment en laotien – il faut savoir que tous les libraires
ne parlent pas le français. D’autres formations s’adressent aux éditeurs sur la mise
en page, les illustrations, etc. Lors des salons du livre, Valéase peut choisir de monter
un stand ou d’offrir une aide à la publication sur des manuels professionnels
(guides, répertoires concernant les métiers du livre), financer des lectures et faire
venir des auteurs pour des présentations.
Propos recueillis par Nathalie Six
Informations supplémentaires : www.valease.org, www.bnc-nlc.infoEdition de CulturesFrance, rubrique « Partenariat-Asie " .../...
"Opération VALEASE"
Extrait de la revue « Vient de paraître » n°31, Janvier 2008 (pages 92-93), publiée par l'association CulturesFrance, partenaire privilégié du ministère français des Affaires étrangères et européennesDepuis janvier 2004, le projet Valéase, initié entre la France et l’Asie du Sud-Est, permet de fédérer les efforts de tous les acteurs de la chaîne du livre au Cambodge, au Vietnam et au Laos. Jean-Jacques Donard, en charge du projet, revient sur cette action de coopération culturelle réussie.Opération Valéase
Valorisation de l’écrit en Asie du Sud-Est
Entretien avec Jean-Jacques Donard, chef du projet Valéase
Pouvez-vous présenter votre parcours en quelques mots ?Jean-Jacques Donard : – J’ai un diplôme de bibliothécaire et j’ai étudié les langues
étrangères, en particulier le russe et le tchèque car j’ai toujours eu envie de voyager et
de travailler à l’étranger. Je suis d’abord allé en URSS puis en Roumanie et en Hongrie.
Après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’URSS, je suis retourné en Russie et,
depuis trois ans et demi, me voilà au Cambodge. Cette fois, j’ai été appelé comme
assistant technique – le titre exact est chef du projet de valorisation de l’écrit en Asie
du Sud-Est (Valéase). À Budapest, j’avais déjà créé la médiathèque de l’institut français,
mais désormais, je ne suis plus à la tête d’une institution, je travaille pour la coopération,
c’est un nouveau métier pour moi. Enfin, je suis aussi conseiller du ministre
de la Culture et des Beaux-arts du royaume du Cambodge.
Quand est né le projet Valéase ?J.-J. D. : – Il a mis longtemps à voir le jour. L’idée est née au cours d’un séminaire
de gens du métier du livre à Phnom Penh en 2001, la nécessité s’est fait sentir de créer
une structure permanente pour essayer de fédérer les efforts de tous les acteurs de
la chaîne du livre. C’est seulement en janvier 2004 que le projet a vu réellement le jour,
lorsque je suis arrivé. Tout cela est un peu formel, aussi quand j’ai été nommé,
j’ai essayé de donner un contenu à mon poste.
Quels sont les pays impliqués dans ce projet ?J.-J. D. : – Le projet Valéase couvre trois pays très différents : le Cambodge où je suis
basé, qui est une monarchie avec un régime libéral, le Vietnam, qui est un régime
autoritaire, et le Laos, qui est aussi un régime marxiste, mais moins développé
qu’au Vietnam, ce dernier exerçant une forte tutelle sur son pays « frère », le Laos.
Cette région recoupe en gros l’ex-Indochine. Mon bureau se trouve à la Bibliothèque
nationale du Cambodge car c’est notre interlocuteur principal.
Quels sont vos partenaires ?J.-J. D. : – Nous avons une dizaine de partenaires principaux, je travaille avec les
bibliothèques nationales du Laos et du Vietnam à Hanoï, mais aussi l’ex-Bibliothèque
nationale à Ho Chi Minh Ville dans le sud. Le projet implique aussi les instituts français,
les alliances françaises et l’Idécaf (l’Institut pour le développement des relations
culturelles avec la France), à Hô Chi Minh-Ville où nous avons par exemple rénové
entièrement l’ancienne bibliothèque, transformée en médiathèque. Un autre interlocuteur
est une ONG d’origine française, basée au Cambodge et spécialisée dans les livres
pour enfants, le Sipar. Et enfin, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF).
Ensuite, à une échelle plus petite, nous travaillons avec une trentaine d’éditeurs
au Vietnam, une vingtaine au Cambodge, et une dizaine au Laos. Il faut savoir qu’au
Vietnam et au Laos, qui sont des structures étatiques très fortes, certains de nos
interlocuteurs sont des distributeurs régionaux.
Quels sont les domaines d’intervention du projet Valéase ?J.-J. D. : – Je soulignerai trois lignes directrices. Le premier volet touche les acteurs
du métier du livre (libraires, bibliothécaires, éditeurs, archivistes, documentalistes,
illustrateurs, écrivains). Toute cette chaîne du livre permet d’avoir une vraie continuité
dans les projets lancés.
Le deuxième volet concerne l’édition de livres pour la jeunesse et les adolescents.
Il y a un vrai besoin pour les jeunes dans ces pays en matière de revues et de livres.
Chaque année, nous réussissons à monter une trentaine de projets au Cambodge,
une dizaine au Laos, et une cinquantaine au Vietnam. Ces projets permettent
de dynamiser les PAP qui, à l’origine, ne concernent que les adultes. En outre, nous
ne nous limitons pas seulement aux traductions en français, nous essayons de favoriser
les éditions de langues locales. Nous publions ainsi des livres en version originale
et parfois bilingue ou trilingue (avec l’anglais). Nous avons aussi réussi à faire
des coéditions entre éditeurs locaux, c’est-à-dire qu’un titre est publié simultanément
au Laos, au Vietnam et au Cambodge. C’est assez compliqué car au Vietnam
les éditeurs sont éditeurs d’État alors qu’au Cambodge ce sont des éditeurs privés.
Le troisième volet a trait à la partie technique, l’édition, le travail d’informatisation,
l’expertise proprement dite.
Un de vos gros succès est la naissance d’une bibliothèque numérique
d’Asie du Sud-Est… où en est-elle ?J.-J. D. : – En effet, la Bibliotheca Indosinica réunit trois bibliothèques nationales
(Khmerica, Laotiana, Vietnamica) sur le même modèle que Bibliotheca europeana.
On a scanné puis numérisé près de 2 000 ouvrages appartenant aux trois fonds,
sur la période qui court de 1860 à 1937. Cela représente un catalogue exhaustif
et commenté des ouvrages écrits sur le Cambodge, sur le Vietnam et le Laos,
qu’ils soient anciens ou modernes, en français ou dans une autre langue.
Ce fonds, qui appartient désormais au domaine public, a été mis sur CD-ROM et DVD,
il est accessible sur le serveur de la Bibliothèque nationale du Cambodge
et l’on cherche actuellement la meilleure formule pour le rendre accessible sur Internet,
via un paiement à distance. Cette formule permettrait de financer les bibliothèques
qui manquent de moyens. Les utilisations de la numérisation sont multiples :
outre la consultation du fonds pour des recherches universitaires, on peut extraire
des illustrations d’ouvrages anciens, les tirer en grand format et en réunir assez
pour monter une exposition. C’est une base unique pour le patrimoine culturel
indochinois avec des archives photographiques et écrites.
Le projet Valéase s’attache aussi à former les professionnels du livre.
Concrètement, comment intervenez-vous ?J.-J. D. : – La bibliothèque numérique n’a de sens que si les acteurs du livre
savent s’en servir, nous portons donc une attention toute particulière à la formation
au niveau régional et local des bibliothécaires au numérique. Nous avons fait
un échange entre une librairie de Phnom Penh et deux librairies à Paris, Fenêtre sur
l’Asie (rue Gay-Lussac) et La Boucherie (rue Monge). Chaque formation a un maximum
de 20 participants, nous les initions au marketing et au merchandising, au logiciel
de gestion qui a été traduit récemment en laotien – il faut savoir que tous les libraires
ne parlent pas le français. D’autres formations s’adressent aux éditeurs sur la mise
en page, les illustrations, etc. Lors des salons du livre, Valéase peut choisir de monter
un stand ou d’offrir une aide à la publication sur des manuels professionnels
(guides, répertoires concernant les métiers du livre), financer des lectures et faire
venir des auteurs pour des présentations.
Propos recueillis par Nathalie Six
Informations supplémentaires : www.valease.org, www.bnc-nlc.infoEdition de CulturesFrance, rubrique « Partenariat-Asie " 